mercredi 9 mars 2011

Ecoute bien petite

Écoute bien petite
Le clapotis des vagues
Le bruissement du vent,
Soufflant sur ce pays.

Si tu sais l'écouter
Si tu veux bien l'entendre
Tu sauras des histoires
Venant du fond des temps.

Il te dira comment
Soufflant sur les campagnes
Il caresse les landes
Agitant les ajoncs.

Et balayant la mer
Il gonfle quelques voiles
Poussant de frêles esquifs
Plus loin que l'horizon.

Il te dira aussi
Qu'en ses grandes colères,
Il peut sous ses assauts
Déchaîner l'océan.

Mais le vent aujourd'hui
N'est pas d'humeur guerrière
Et n'a pour ambition
Qu'embaumer le printemps

dimanche 27 février 2011

Kornog

Kornog, vent d'ouest,
Souffle de la mer
Qui balaie le pays
Apporte-nous par tes tempêtes
Cet air salé qui vivifie.

Par les chemins de ma Bretagne
Je ne vois que campagne pelée .
Ou sont les champs de nos campagnes ?
Partout se dressent maisons d'été.

Tu survolais tous les labours
Et tu suivais au fil des champs,
Les clotures et les bordures.
Ou sont les haies, les mares d'antan.

Dans les ports aux bassins vides
La flotte de pêche est mal en point .
Et pour sauver tous nos navires
Il ne nous reste que les ronds-points ?

dimanche 20 février 2011

Marionnig

Du fond de ma mémoire
je vous fais partager
l'histoire d'une brigande
native de Porz en haie.
En des temps de misère
au coeur du morbihan
naquit une fillette,
future chef de clan

Diwallet doc'h, mar he c'havet
Marionnig hag er Faouet

parmi les herbes folles,
elle a grandi pourtant,
parcourant les campagnes
et les marchés d'antan.
vendant au fil des jours
parures pour beaux atours,
et proposant céans
aussi laines et rubans.
Diwallet doc'h, mar he c'havet
Marionnig hag er Faouet

si quelques voleries
elle a commises pourtant
dépouillant les bourgeois
et même les marchands,
tenant maison ouverte
hôtel des trois piliers,
d'aider les opprimés
n'a jamais refuser.
Diwallet doc'h, mar he c'havet
Marionnig hag er Faouet

Dans une rue de Nantes
elle croisa son destin
mais ce fut à Quimper
qu'on prononça sa fin.
Des juges l'ont dit à pendre,
à pendre et torturer.
Jamais elle n’avoua,
mais elle fut condamnée.
Diwallet doc'h, mar he c'havet
Marionnig hag er Faouet

Ce fut un grand malheur,
pour les petites gens,
qu'occise soit ainsi
la compagnie Finefont.
De toute son histoire
elle n'a versé le sang.
Elle avait nom Marion,
retenez bien ce nom.
Diwallet doc'h, mar he c'havet
Marionnig hag er Faouet

Bibliographie:
 LOREDAN J;La grande misère et les voleurs au XVIII siècle, Marion du Faouët et ses "associés";Librairie académique PERRIN et Cie;1910; disponible sur gallica
 Trévédy J;Marie Tromel dite Marion du faouët; in Bulletin de la société archéologique du Finistère;mai 1884; archives départementales du Finistère

dimanche 7 novembre 2010

La légende du roi Marc'h

Laissez-moi vous conter l’histoire, à peine remaniée,
d’un roi de basse Bretagne, aujourd’hui oublié.
Il vécut en des temps anciens, forts reculés,
Marc’h était son nom, voici sa destinée :

L’homme aimait la chasse et la traque du gibier,
il poursuivit longtemps une biche apeurée.
Lâchant plusieurs flèches, sans jamais la toucher,
il la forçat enfin, aux roches de Tréoultré.

Croyant l’affaire faite et la course achevée,
mit le pied à terre, de son grand destrier.

Sortant son grand couteau, s'en allait l’achever,
Quand s'agita soudain la peau du cervidé.

Et de sous la dépouille de cuir bien tannée
Apparut une femme aux longs cheveux de jais,
aux yeux d'algues et de brume, à l'index dressé.
Elle le pointa, vengeuse, vers un homme effrayé.

Je suis Dahut dit-elle, de l’océan suis née,
J’ai rang de princesse et tu m’a ainsi défié.
La vengeance sera mienne, ainsi l'ai-je décidé :
Des oreilles de ton cheval, tu seras affublé.

A peine la sentence fut-elle prononcée
qu'elle fut aussitôt pleinement exécutée.
Ainsi fut-il fait et pour de longues années,
Rien ne transpira, tout fut bien gardé.

Il fut dit dans les campagnes, mais à voix chuchotée :
femme qui partage sa couche au matin est emmenée.
Nul n’en trouve trace, à jamais disparaît.
Il en est ainsi chaque jour de l’année.

Pourtant, un homme sait. Le roi lui a confié.
Chaque matin il le voit et le rase. Il est son barbier.
Un secret si lourd pousse à s’en libérer.
Au vent et aux roseaux le secret fut crié.

Grande fête au château fut un jour décidée
De Cornouailles ou d’ailleurs les plus grands furent conviés.
Un musicien était là, il était admiré,
Comme un grand pen soner était considéré.

Pour que le son éclate, que la musique fasse danser
Il dit à tous ses sonneurs : "que les anches soient changées"
Et comme il est de bon usage dans l’art de bien sonner,
Dans de jeunes roseaux les sifflets furent taillés

Faut-il conter la suite ?  l’avez, sans doute deviné.
Quand les sonneurs du bagad ont commencé à jouer
Binious et bombardes ont à l’unisson résonnés :
"Le roi Marc’h a les oreilles d’un équidé

jeudi 4 novembre 2010

Le traict salant

Au creux des dunes d’Escoublac,
loin des regards, dans les halliers,
dort un village loin du ressac
du tombolo. Marais salés.

Au fil des ans les dunes avancent
et rongent peu à peu le marais.
La bôle se comble sous l’influence
du tombolo. Mares ensablées

Au coeur des dunes de la baie blanche,
sous la plus grande, dort un pierrier
de maisons basses de pierres de France.
Le tombolo les a comblées.

Au creux des pins du bois d’amour
résonne encore un vieux clocher.
Il sonne encore, il sonne toujours,
salue le village ensablé.

Que le drapeau semé d’hermines
claque au vent du traict salant.
La fasce à l’onde d’azur
clame la Loire et le ponant

loire44.png
Loire-atlantique

 

dimanche 24 octobre 2010

Montvieux

Étienne Pellot dit « Montvieux », dit également « le Renard basque » est le dernier corsaire français connu. Certains de ses navires, notamment les Deux-Amis et Le Général Augereau, sont entrés dans la légende corsaire.

Et le renard reprend les passes
pavillon haut, cap au ponant,

la guerre de course, la route de chasse [1]
la mort peut-être, sont au tournant.

Montvieux n’est pas un grand loquace
un geste, un signe, c’est suffisant.
« que la bordée largue les voiles,
la barre en d’ssous, vers le couchant ».

« Les deux amis » ouvre un sillage
qui mènera ses combattants
loin des rivages de la Gascogne
sur les traces des navires marchands.

usant de ruse, et doué d’audace,
mousse à treize ans, grand commandant
Monsieur Etienne, le renard basque
vous fûtes un stratège étonnant.

au port d’Hendaye au pays basque
son souvenir est resté vivant
et les enfants fêtent son histoire
chaque année à la saint Vincent.

il fût un corsaire redoutable,
et le dernier des commandants
d’une guerre de course marquée d’audace,
et de prises serrées au vent

 

(1) Ce que les navires de la marine nationale, des affaires maritimes, ou des douanes appelle la ‘route de chasse’ est celle que les cargos appellent ‘route de collision’. Il s’agit en fait d’une route maintenant un gisement constant sur la cible jusqu’à interception.

mercredi 20 octobre 2010

Calicot jack

Rackham marchait sur le tillac
il naviguait toutes voiles au vent.
on l’appelait « Calicot jack »,
on l’appelait le flamboyant.

Il avait nom Jack Rackham,
un nom qui claque aux quatre vents
Pour un doublon, pour une femme,
il écuma les océans.

Il commanda aux caraîbes
une fameuse bande de mécréants.
Brigands qui se rêvaient pirates,
vivant pour l’or et pour le sang.

Pour un navire fuyant la rade,
un capitaine sans grand allant,
un équipage a pris les armes
et déposé son commandant.

Rackam élu pour son courage,
pour sa fougue et son talent
a accepté la lourde charge.
Il a choisi la vie au ban,

Le fuyard fut réduit,
abordé et même pillé
mais la marine n’est pas tendre avec les mutinés.

Vogue la galère, plus rien à faire,
ici le sort en est jeté,
ils deviendront pirates,
ce sera leur destinée.

 

Et sur les eaux des bahamas,
ont pris le vent au gré des flots,
de Freetown à Tarpum bay,
de Greencastle à Nassau.

 

Ils ont contruit leur légende
dans le sillage de leur bateau,
sous les ordres d’un homme étrange,
un homme vêtu de calicot.

lundi 18 octobre 2010

Les derniers feux de la vallée

Vers la mer descend la lande
Et les genêts et les rochers
Les galets roulent les galets claquent
Aux pas rapides du sabotier

Une dernière fois il se retourne
Cherchant au creux des grands fourrés
Une lueur, un bruit, un tronc qui craque
L’ombre discrète d’un châtaigner

Il va quitter sa terre,
Ses ajoncs et ses halliers,
Pour au delà des mers
Chercher d’autres vérités

Sur la rade un bateau danse
Une barque racle les goémons.
Promesses de jours qui chantent
Bien au delà de l’horizon

Le grand chapeau qui le recouvre
Bien sur son coeur il l’a posé
Adressant ainsi de muettes excuses
Aux derniers feux de la vallée

vendredi 17 septembre 2010

Tho pa ga

Sous le soleil la toile au vent
Il taille sa route le vieux brigand
Et dans l’écume, sur l’océan,
Garde le cap droit au ponant.

Une nuit de grêle et de tourments
Autour de lui sifflait le vent.
Cap au noroît le vieux gréement
Filait 9 noeuds sous voiles d’avant

Coup de tonnerre dans le carré,
Et l’eau qui monte sur les planchers.
Plus rien à faire pour le sauver,
Tout le bordé est enfoncé

Dans la nuit noire sombre et glacée
Deux femmes sept hommes hélitreuillés.
Un vieux navire abandonné
Une coque qui sombre, des coeurs serrés.

Cent milles au large de Tréoultré
Le Tho pa ga a bien sombré.
Au rendez-vous des grands voiliers
Le vieux gréement va nous a manqué

Le Tho pa ga est un schooner espagnol qui a sombré en se rendant aux manifestations de Brest 2008. Il a heurté un corps non identifié, sans doute un containeur, et a sombré en quelques dizaines de minutes. Il repose au fond de l’océan, par 108 mètres de fond, à plus de 100 milles au sud-ouest de penmarc’h

vendredi 17 juillet 2009

Allez cap'taine

Allez Captaine
fait pas ton fier
paye donc ton coup,
c’est pas souvent.

juste un p’tit verre,
une petite bière
en souvenir
du bon vieux temps

On a tous deux,
des nuits entières
subi le froid
dans nos cabans

et les doigts gourds,
sur nos visières
scruté la mer,
maudit le vent.

On a tiré
sur des aussières
à la manoeuvre
par tous les temps

ou main sur main
sur des filières
mouillé des nasses
sur les grands bancs

vie de matelot,
vie de misère
le dos brisé,
le froid, le vent.

j’ai pas voulu
suivre ces amers
j’ai pas comme toi
serré les dents

J’ai dérapé,
j’en suis pas fier
A Pontaniou
j’ai fait mon temps

je chauffe mes os
au grand soleil
J’ai connu l’ombre
bien trop longtemps

Mais toi mon vieux,
t’as l’air prospère
tu mènes ta barque
loin des brisants

t’es un notable,
d’allure altière,
un des messieurs
de l’armement

Alors Captaine
fait pas ton fier
paye moi un coup,
c’est pas souvent

juste un p’tit rhum,
une dernière bière
en souvenir
du mécréant.

 

mercredi 18 mars 2009

La bêche et le crayon

à René Guy Cadou, poète breton.

 

Il est de cette terre
de marais et de brumes,
ou le ciel et la pluie
se côtoient sans fin,

ou la tourbe asséchée
dans l’âtre se consume,
ou l’aigrette se pose
au soleil du matin.

Il hume par gourmandise
les matins qui embaument,
l’odeur des copeaux,
celle du goudron frais,
admire les coques des chalands
au dessus des chaumes,
écoutant les maillets
des calfats du marais.

Il avait fui la ville,
ses symboles et ses murs,
fait le choix du marais,
la mer des briérons.
De cette vie factice,
il n’en aura plus cure,
il vivra désormais
des fruits de sa passion.

Il eu au fond de lui
cette envie de nature,
avec au bout des doigts
comme un fourmillement,
Tenant contre son cœur
son carnet et sa plume
Serrant dans ses mains
sa bêche de paysan.

Il cru en son destin
en semant la pâture
et força le chemin
par le flot du crayon,
mariant par le verbe
l’essence des cultures,
maniant par passion
la bêche et le crayon.

dimanche 21 décembre 2008

Marie la cordelière

La Marie cordelière, ou Marie la Cordelière était un navire. Il a été construit sur une plage de Morlaix et baptisé de ce nom par La Duchesse Anne. Alors qu’une fête avait été donnée la veille et que les invités étaient encore présents, le capitaine Hervé de Portsmoguer appris que les anglais avaient mouillés la veille près de la pointe saint Mathieu. Il suivit l’ordre d’appareillage immédiat donné par l’amiral Jean Thenouënel, commandant la flotte bretonne, et ne pris pas le temps de débarquer ses invités. La flotte anglaise était très supérieure en nombre et la flotte bretonne préféra s’esquiver. Trois navires restèrent en arrière pour ralentir les poursuivants. L’un d’eux était la Marie-Cordelière. Engageant trois navires au combat ( le Sovereign, la Mary-James, et le régent) , et ployant sous le nombre, la cordelière finit par se jeter sur le régent, s’y arrima par les grappins d’aborgage, et se saborda par le feu, entrainant avec elle le régent. Deux milles marins sont morts dans ce sabordage, dont le capitaine de la Marie Cordelière, Hervé de Portzmoguer, surnommé « primauguet ». Plusieurs navires de la Marine nationale ont depuis relevé ce nom.

 

Tiens bien haut notre bannière
Oh ! Primauguet, Monsieur Hervé !
Qu’au vent claque la flamme de guerre,
Que l’anglais soit repoussé

Ah Marie, la cordelière
si tu pouvais nous raconter
Ce que fut la bataille dernière
Comment péri Monsieur hervé

refrain

Grande fête sur la dunette
gentes dames, beaux invités
Quand à bord claque la nouvelle
« A saint Mathieu, ils ont mouillés. »

refrain

Preux capitaine de Portzmoguer
donna sitôt l’ordre « à virer »
et cap au large, sus à l’anglais
ne fit descendre ses invités

refrain

Le Sovereign, la Mary-James
puis le Régent à aborder
Et un combat qu’on dit dantesque
qui par le feu s’est achevé.

refrain

A Marie la Cordelière
Le souvenir nous est resté
Pour préserver une flotte entière
Ce combat fut le dernier

samedi 18 octobre 2008

Huelgoat

Pays des bois, pays de l’eau
Baigné de sources et de rivières,
Au gré des humeurs de la terre,
Au gré des humeurs de l’eau.

Poussent le granit et les ajoncs.
Naissent les contes et les légendes
Par ses chemins et par ses landes
Chevauchait le roi Gradlon

Il fuyait le flot, le naufrage,
L’eau aux portes de sa cité.
Il songeait, talonnant Morvac’h
à Dahu disparue, Ys submergée.

Suivez, après la mare aux fées,
Les blocs du chaos des pierres,
Voyez le ménage de la Vierge
Et la mare aux sangliers,

Pays des hêtres et des ajoncs,
Où l’eau courre à travers la lande,
Où naissent les contes et les légendes
Qui sont la mémoire des bretons.

dimanche 22 juin 2008

Le voyage d'une salambarde

Toue, gabare et gabarot
Mahon, chaland , ou même fûtreau
Sont fils du fleuve, et d’un drapeau
Saluent la belle au fil de l’eau.

Voici la courte et belle histoire
D’une sapine qui voulait croire
Qu’un grand destin lui échoyait.
Une rambette de Loire-Forez.

Elle naquit un cœur d’été
Des mains habiles d’un charpentier
Et des longs fûts de grands sapins
Furent assemblés dans cet écrin

Et dans ses cales et sur son dos
Furent chargés de lourds fardeaux,
Du charbon, des ballotins,
Des céramiques et de bons vins

De bois et planches est la sapine,
De haute loire s’en est allée,
Jusqu’au grand port ou la touline
Lui fut lancé sur le radier.

Elle qui croyait revoir le fleuve
Et par ses rives, le remonter
Dû sur le môle, ultime épreuve,
Offrir ses planches et ses bordés

Ainsi s’achève la triste histoire
D’une toue qui voulait croire
Que son destin pouvait changer,
Une salambarde de loire-forez.

 

dimanche 17 février 2008

Acrostiche alcoolisé

Te souviens-tu grand-père de ces belles journées.
Recherchant des baies au creux des lais forestiers,
Ou dans les haies et au long des douves et fossés.
Une lame à la main, un geste sûr et décidé,
Sur l’épinette, tu coupais les extrémités,
Sectionnant le bourgeon du buisson des sentiers.
Et pouce en l’air et larmes aux yeux,

Pour avoir voulu t’imiter, je te suivais.
Inspectant ainsi landes et ronciers
Nous bavardions tranquillement, moments privilégiés.
Enfin le soir venu, sur la table, à la veillée
Tu triais et rangeais la récolte de la journée.
Tirant d’un tonnelet un vin un peu corsé
Et par de savants mélanges tu recréais la Vendée.

mardi 8 janvier 2008

Rêve brisé

ou la dérive d’un marin à terre

 

Il portait casquette, le capitaine
marchait toujours en chaloupant
tirait des bords, buvait sa bière
saluait le flot et le jusant

Petit garçon à Saint-Brévin
Voyait sortir les batiments
Saint-Nazaire et ses bassins
Portait le rêve au firmament.

Bel officier au regard fier
S’imaginait en commandant,
Seul maître à bord sur sa passerelle,
Voguant sans fin vers le ponant.

Quatre mots sur un papier
Font basculer une destinée.
Quatre mots pour dire adieu
Et s’en aller vers d’autres lieux.

Un rêve brisé, un homme à terre,
Une vie qui n’a plus guére d’attrait.
Un peu de rhum, et trop de verres,
Et la douleur qui disparait

Il a finit au fond du port.
Pauvre marin et triste sort
Pour qui la vie fut de rallier
Sans cesse la banche au charpentier [1]

Ceux dont il a fait la fortune
Se cotisant pour l’évenement
Offrir, émus, pour épitaphe :
“les bistrotiers reconnaissants”

 

[1] La Banche et le Charpentier sont deux phares situés dans l’estuaire de la Loire, mais cela pourrait également être les noms de deux bistrots

vendredi 14 décembre 2007

Le père Zim Zim, ou ritournelle pour un vielleux

Joseph-Antoine Palemone, dit "le père zim zim"(1835-1908), était un musicien des rues dans la ville de Nantes. Il était souvent accompagné d’un autre mendiant-musicien, "gobe la lune"

 

Tzim tzim tzim fait la roue qui tourne
Joseph-Antoine commence à jouer
Pour le chaland et pour la foule.
Ses doigts volent sur le clavier

Que les fêtes sont populaires
Quand la musique fait danser
Quand ce fou de Palémone
Sur sa vielle s’est épuisé

Mais qui fut ce petit homme
Au dos bosselé, aux jambes arquées ?
Ouvrons les yeux et sachons voir
Au-delà des difformités.

Peut-on vivre sans l’espoir
D’avoir un jour sa liberté ?
Parfois pour nous semble accessoire
Ce qui pour d’autres veut dire "manger"

Joseph-Antoine Palémone
Un nom maintenant presque oublié.
Un homme, rien qu’un homme,
Qui pour vivre dû mendier.

dimanche 28 octobre 2007

A la pêche hauturière

Larguez le cul, pour le chalut.
Gare au danger, chalut croché

Nous avons mis de bon matin
Nos sacs à bord d’un bigouden
Les yeux embués, corps en sommeil
Pour les grands bancs, la mer, la veille.

Navires de bois, navires de fer
Tous armés en pêche haturière
Ne sont en fait que des moustiques
Osant pêcher en mer celtique

La mer est belle, on l’a chanté
Elle est cruelle, a fait pleuré.
De proches en proches sur nos rivages
Des monuments pour des naufrages.

Le cap au large dans les embruns,
Le bateau tremble, s’ébroue sans fin.
Matelots préparent les apparaux
Sous les ordres du vieux bosco

"Route pêche, garçon" a dit le vieux
"Sur dogger bank nous f’rons au mieux"
Et dans quinze jours si tout va bien
Ce s’ra "route terre" le bon refrain

Les cales pleines nous reviendrons,
Tout frais péché, du beau poisson.
Que nous vendrons à la criée,
Sur les quais de Saint-Guénolé.

Rester à terre, bien loin des ports,
Dormir au sec, c’est le confort.
Pourquoi partir, ré-embarquer ?
la vie est dure au grand métier.

Pour l’air du large au gout salé
Oiseaux de mer, mouette argentée.
Pour l’équipage et l’amitié
Les compagnons du grand métier

Pour l’océan, l’immensité ,
La brume marine, la houle croisée,
Un horizon illimité
Un sentiment de liberté.

samedi 21 juillet 2007

Janus

J’ai entendu ce matin,
Sur les ondes, parmi des chants,
Un récit qui m’est témoin
De l’influence d’un enseignement

Un homme disait avec entrain :
"J’aime la vie, j’aime les gens".
Il aidait son prochain
Et donnait de son temps

Il était né d’une terre
De soleil et de traditions.
Il les craignait, les respectait
Elles guidaient sa perception.

Que sont le vice ou la vertu ?
La coutume y donne définition ?
Qui se marie doit être battue
Est une des prescriptions.

Ainsi donc devient devoir
Un comportement décalé.
Ce prétexte au gout barbare
Est abandon d’humanité.

Frapper fort et sans regret
Constituait sa solution
Ne pas paraitre faible
Etait sa préoccupation

Frapper fort pour exister
Aux yeux des compagnons,
Et accepter cette dualité :
Mi-homme mi-démon.

Alors, à qui veut m’écouter
Je dis qu’il faut sans hésiter
Savoir parfois fouler aux pieds
Des siècles de tradition

Je dis et je m’engage :
Accepter est être lâche.
Il faut dire "non" sans relâche,
Etre fort c’est s’opposer.

 

dimanche 15 juillet 2007

Port Lavigne

Village niché au creux d’un grand port,
Endroit perdu, presque oublié,
Au cœur d’une île de l’avant-port,
Au creux d’un bras presque comblé.

C’était le refuge des grands voiliers,
L’espace ultime pour l’évitage,
A l’abri du fleuve sauvage,
De ses courants et ses dangers

Les années passent les années filent,
Et Nantes a perdu ses îles.
Il n’y a plus de grands vaisseaux.
A Port Lavigne poussent les roseaux.

Prendre le temps de vivre,
Prendre le temps qu’il faut,
Savoir penser pour être libre,
Savoir rêver au fil de l’eau.

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