mardi 18 avril 2017

Les vaisseaux fantômes

Le canal de la Martinière (ou officiellement Canal Maritime de la Basse Loire) est un canal longeant la Loire et situé en Loire-Atlantique. Il a vu le jour en 1892 et connu une intense période d'activité jusqu'en 1913.
De 1921 à 1927 il est devenu un cimetière pour les grands voiliers.

 

Ils étaient oiseaux du grand large,
Ils ont crevé le long d'un quai.
Ces grands voiliers mis à l'échouage
Vaisseaux fantômes au coeur de Retz

ils ont fait tant de grands voyages
Sur toutes les mers ont bourlingué
Ont vécu tant d'appareillages
Tant d'horizons ont explorés

Ils ont mené leurs équipages
vers des contrées inexplorées
Découvert des natures sauvages,
Aux confins de terres éloignées,

Si quelques-uns ont fait naufrage
Quand les trois caps ils ont passés
Abordant de lointains rivages
Nos connaissances ont repoussées

Des années de vagabondage
Les ont ridés les ont tannés.
Ils arboraient en carénage
Leurs coques et leurs ponts délavés

S'ils ont évité l'afflouage
Ils ont fini abandonné
Ils eurent pour dernier accostage,
Un canal du pays de Rezt.
 

 

mardi 21 mars 2017

La bricole

C'est par le joug de la bricole
Que tu pris en main ton destin
Qu'importe la voie de la boussole
Toi seul fixera ton chemin.

On t'avait dit ta langue est celle
Qui sert dans les champs, les chemins.
Jamais elle n'atteindra celle
Qui fit la France et son destin.

On t'avait dit : "oublie icelle
Qui n'a que goût de chicotin.
Nous t'aiderons à parler celle
Qui te fera digne échevin"

Et tu pris le grand carrousel,
Délaissant tes alexandrins.
Quittant la voie du ménestrel
Pour un avenir incarnadin.

Jour après jour en nos écoles
Nous avons vu ces prétoriens
Qui par un sabot en bricole
Voulaient punir le moins que rien.

Le gueux, le sot que la bricole
Ramènerait dans le bon chemin,
Oublierait sa langue bretonne
Au baragouin d'un jobelin.

Mais tu sais que Bretagne est belle
Et que sa langue doit perdurer.
Morceaux épars, tels javelles,
Naîtront demain comme Merlin

Que ce sabot devienne symbole
Du refus d'une vie imposée.
Que cet usage de la bricole
A tout jamais soit oublié.

dimanche 22 janvier 2017

Le lac du Haut Blavet

Là-bas dans les montagnes noires,
Au fond du lac du Haut Blavet,
Les gueules bleues et gueules noires
Croisaient souvent les mariniers.
Lors un barrage, d'un coup de houssoir,
Toutes ces vies d'ores a balayées.
Aussi vous conterai l'histoire
De cette vallée du Haut Blavet.

Toutes ses écluses montaient la garde,
De bief en bief sur le Blavet.
Un marinier tournait les amarres,
Dans les jardins poussaient les pommiers.
Un éclusier tournant crémaillère,
Actionnait les portes busquées.
Dessus les quais de l'estacade,
Des journaliers à embaucher.

La fonte au bois des forges des Salles
Brûle alors le charbon des fouées(1).
Autour, avec les trinqueballes,
Trimaient des clans de charbonniers.
On dit ici des gueules noires
Que "charbonnier n'a jamais le sou"
Et dans ce pays de montagnes
On dit aussi qu'il mène les loups.

Au coeur du bois de Keriven
Se multiplient les puits ardoisiers.
Les gueules bleues des rives de Caurel
Des puits béants partout ont creusés.
Si les mineurs remontent aux échelles
De lourdes dalles à même le dos,
Dans les tue-vents(2) on baigne celles
Que les fendeurs retravailleront.

Et tous les soirs des gueules bleues
Se retrouvaient au café Thomas
Et tous les soirs des chants joyeux
Saluaient aussi les gueules noires.
Les besogneux et les miséreux
Parfois unissent leurs désespoirs,
Alors on chante au coin du feu
Et coule à flot la bière de blé noir.

 

(1) Meules charbonnières
(2) Abris, souvent en déchets d'ardoises,  protégeant à la fois les fendeurs du vent et les ardoises d'un séchage trop rapide, ce qui rendrait difficile le fendage

jeudi 19 janvier 2017

Les demoiselles Amadou

[Mazurka]

Lire la suite...

dimanche 18 décembre 2016

Bordée nantaise, ou l'hôtel du cul tourné

 
Ben mon canard, t'es pas rendu,
Toujours beurré comme un p'tit LU.
Qui a voulu trop bernauder
Dors à l’hôtel du cul tourné


T'es passé voir la petite Henriette,
Celle dont l'haleine sent la chevrette.
Une née native de Carantec
Dont les dents courent après l'bifteck


Un coup d’œil à la belle Victoire
Celle qu'on nomme la sardine du soir,
Une de la côte, toute fraîche venue
Qu'on trouve le soir au coin des rues


Et t'as voulu biser gouline
Avec la belle, la grande Micheline
Pas d'pot mon pote il va mouiller
Tu vas finir trempé guené

 

Passe donc aussi pour voir la Tine,
La grande, la grosse la Valentine,
Celle qui toujours a prétendu
Qu'un cul tendu mérite son dû.


Restait encore la grande sauterelle
Qu'on nomme aussi Marie-crécelle
Qui, quand elle rit, nous fait penser
Qu'un sac de noix prend l'escalier.


Plus de péch'resse, plus de bougresse
Dans les racoins du quai d'la fesse
Toutes les taules sont bien fermées
Les filles parties crébillonner

samedi 17 décembre 2016

Essex

Je porte ici mémoire d'un beau trois-mâts carré
En vous contant l'histoire d'un navire oublié.
Des rivages des Açores aux îles Société
Je fus le mousse du bord, oyez mon odyssée !


Il avait nom l'Essex, faisait près de cent pieds,
Une ossature de chêne, un pavois, des bordés
Et au fond de ses cales, de longs harpons d'acier.
Traquant le cachalot, c'était un baleinier.


En 1819, à la fin de l'été
Partîmes de Nantucket pour au moins 2 années.
Année 1820, le 19 de novembre
Au cœur de l'offshore-ground, croisâmes la destinée.


Un énorme cachalot par deux fois a frappé,
Curieux retour du sort, le chasseur est chassé.
Abordé par la proue et puis sur bordé,
Sa coque disloquée, le navire va sombrer.


Nous étions dix-neuf hommes, harponneurs et gabiers
Et dans trois baleinières avons pu embarquer.
Sans eau ni nourriture, épuisés, ballotés
Durant plus de cent jours nous avons espéré.


Comme un petit navire vous l'a déjà conté
Il faut parfois pour vivre franchir quelques fossés.
Ce fut ici le cas, simplement pour durer.
Au jeu de courte paille il nous fallu jouer.


Nickerson est mon nom, Thomas suis prénommé.
Un des rares survivants d'une triste équipée.
Bien des années plus tard j'ai souhaité la conter.
J'étais le mousse du bord, j'en fus l'épistolier.

 

L'Essex est un trois-mats baleinier américain qui fut attaqué et coulé par un grand cachalot.Hermann Melville s'en inspira pour son roman Moby Dick

mercredi 20 janvier 2016

Thébaud Baleine

Les traditions de la pêche de la baleine, jadis en honneur dans le port de Nantes, étaient complètement oubliées lorsque l’armateur Thomas Dobrée ( le père du collectionneur à l'origine du musée) résolut d'en tenter de nouveau la fortune. Il arma en 1817 le trois-mâts le Nantais ; fit venir d'Angleterre des engins, un équipage et un capitaine nommé Winseloo ; et expédia ce navire vers les lieux de pêche. Quatorze mois après, le Nantais revenait avec le produit de vingt-sept baleines. Une seconde puis une troisième campagne confirmèrent les résultats obtenus. Un grand nombre d'armateurs nantais se lancèrent alors dans l'aventure. Parmi les capitaines baleiniers les plus habiles du port de Nantes, figuraient le capitaine Thébaud. Ce dernier, qui commanda l'Amélie et le Léandre, fut le premier capitaine nantais qui forma un équipage baleinier exclusivement composé de marins français. Désireux de connaître à fond son métier, il se fit successivement timonier de pirogue, loveur de ligne, harponneur. Il acquit une telle réputation d'adresse qu'il ne fut plus connu que sous le nom de Thébaud Baleine

à quai, à Nantes, port baleinier
C'est l'armateur Thomas Dobrée,
qui cherchait capitaine
Il arma un trois-mâts carré.
C'est pour Thébaud Baleine.

Un équipage faut constituer
A dit Monsieur Thomas Dobré
qui veut tenter sa veine ?
Et qui sera mon piroguier ?
C'est moi, Thébaud Baleine !

Quand la baleine est harponnée
La ligne part sur le bordé,
faut faire gaffe à sa couenne.
Qui saura la laisser filer
C'est moi Thébaud Baleine.

Les harponneurs sont de grands gars,
Un peu hableurs et fiers à bras,
d'une force herculéenne.
qui pourra tous les maitiser ?
C'est moi, Thébaud Baleine !

Au quai de Nantes, si vous voulez
marins, matelots, coq ou gabiers
Voir même un capitaine
Sans hésiter faut demander
Toujours Thébaud Baleine !

mardi 17 novembre 2015

Les chiens du guet

J'ai vu tant et tant de mers
J'ai croisé tant et tant de gens
J'ai cru à tant de chimères
Je reviens mouillé à Dinan

Par tous les chemins de mer j'ai pu voir tant de contrées
Mais par les chemins de terre j'ai aussi vu les chiens du guet

Je reviens pour revoir celle
Qui attend depuis si longtemps
Celle qui m'avait dit "je t'aime",
Que j'avais quitté voile au vent.

Par tous les chemins de mer j'ai pu voir tant de contrées
Mais par les chemins de terre jJ'ai aussi vu les chiens du guet

Je sais qu'elle sera peut-être
Ce soir à la cité d'Aleth
Je longerai à pied la grève
J'apporterai le guinguet

Par tous les chemins de mer j'ai pu voir tant de contrées
Mais par les chemins de terre j'ai aussi vu les chiens du guet

Dès que les berges furent désertent
Après le son du clocher
J'ai franchi le bastingage
et couru vers les rochers

Par tous les chemins de mer j'ai pu voir tant de contrées
Mais par les chemins de terre j'ai aussi vu les chiens du guet

Un grondement soudain résonne
Je suis pris dans un traquet
Ce n'est pas une légende,
Ils ont lâché les chiens du guet

Par tous les chemins du cœur j'ai voulu voir ma bien-aimée
Mais par les chemins de grève j'ai croisé les chiens du guet

________________________________________________________________
Les chiens du guet étaient une meute de 24 dogues qui étaient lachés à la nuit tombée sur la grêve entourant les remparts de Saint-Malo. En mars 1770 ces chiens tuèrent un jeune officier de marine, Ansquer de Kerouatz, qui tentait de rentrer dans la ville en traversant le port à marée basse après avoir rendu visite à sa fiancée de la ville voisine de Saint-Servan

mercredi 4 novembre 2015

Le pirate de Kerogan

Un pirate et sa frégate,
Fricotait à Kerogan.
Il venait avec le flot
Mais repartait au jusant

Il serrait de belles goélettes
À l'aide de son bâtiment
En les pressant vers les berges
Pour les amener léans

Effeuillant la marguerite
Il jouait le joli cœur
Et ayant carguer les voiles
Se retirait à contrecœur

Tarentelle et saltarelle
Animent les rondes d'enfants
Et des paroles un peu folles
Content les frasques du brigand.

Il voulait que sur ses berges
Soit célèbre son catogan,
Ses exploits et sa légende
Inscrits haut au firmament

Que l'Odet, les montagnes noires
Se souviennent du boucanier
Et portent les traces du passage
D'une graine d'aventurier

Mais au chemin de halage
Bien connu fut son accon
Et ce grand coureur des mers
A surtout couru le jupon

De l'Odet et de ses rives
A disparu le courtisan,
Et s'achèvent les prospectives
Du pirate de Kerogan

mercredi 2 septembre 2015

Les glénan

Nous avons quitté Préfailles,
Et mis le cap sur Fouesnant.
Nous naviguions par temps clair,
Avec belle mer et bon vent

Mais au large de Goulphar(*)
Noirs nuages au firmament.
La pluie sans cesse nous mitraille
Et le vent siffle dans les haubans.

L'océan lève des murailles
Nous faisons route vers les Glénan.
Après des heures de bataille
Les moutons sont travers-avant.

On a passé Castel Braz(**),
à babord Castel Bihan(**)
La tête de mort(**) défend la passe,
Cap sur Penfret(**), gare au jusant

Nous avons franchi la passe,
Vu l'île du Loch(**) et vieux-Glénan(**)
Les bluiniers(**) sur notre arrière
Virons au septentrion.

Nous avons mouillé nos ancres
Sur des fonds de sable blanc
Bien au chaud près de Drenek(**)
Gardons la chambre(***) pour quelques temps.

 

(*)    L'un des phares de l'île de Groix
(**)   îles et îlots rocheux de l'archipel des Glénan
(***) Mouillage abrité entre Drenek et Fort cigogne

mardi 25 juin 2013

La ballade d'Anjela

En cette terre ou je suis née,
forêts et landes y croissent en nombre.
Aux creux des mares et des fourrés
la terre enseigne à ceux de l'ombre,
à ceux qui l'aiment et la fécondent,
le temps donné le temps repris.
Ne laisserais pour rien au monde
va Bro, va Yezh ha va Frankiz. (1)

 

De cette langue qui m'a bercée,
j'ai fait mon combat et ma fronde.
Que par cette richesse délaissée
ma culture enfin sorte de l'ombre .
Je parlerai jusqu'à ma tombe
ma langue bretonne et c'est ainsi.
Ne changerais pour rien au monde
Va Bro, va Yezh ha va Frankiz.


et pour toujours ma liberté
sera mon bien le plus profond.
A ma bretagne suis attachée
et d'y toucher attise ma fronde
à Traon an dour, mon bout du monde.
Moi humble cultivatrice,
ne renierais pour rien au monde
Va Bro, va Yezh ha va Frankiz.

 

Bretons, une certitude en moi profonde
guide mes jours, éclaire mes nuits:
il n'est rien qui n'égale au monde
Va Bro, va Yezh ha va Frankiz.

Anjela Duval (à l'état-civil Marie-Angèle Duval ; 1905-1981 ), est une poétesse bretonne. le vers "Va Bro, va Yezh ha va Frankiz." est extrait de son poème "Karantez vro".

vendredi 17 mai 2013

Le corsaire de Bien-Assis

Allez garcons, chargez mitraille.
Tous sur le pont pour la bataille,

Et par la poudre et le canon
Nous montrerons à l'ennemi
Que toujours est debout
Le corsaire de Bien-Assis1

 

Sous les remparts d'un chemin d'veille
Captaine Francois appareille.
Le cap à l'ouest ou au levant
Il croise en Manche par tous les temps.

Il fut un homme de Biens-Assis,
Avait château et terres aussi.
Il préféra laisser les terres
Et choisit d'écumer les mers.

 

Un peu brigand , un peu pirate
Pour la Bretagne corsaire aussi
Face à l'anglais gagna sa gloire
Au nom de captaine François


Nous sommes corsaires de la Bretagne,
Parfois pirates et c'est ainsi.
Nous sommes des gueux,
Nous sommes des rois,
Aux ordres du capitaine François.

 

Larguons les ris dans la misaine
Et qu'aucune voile ne faseye.
Tirons nos bords dans la bouscaille,
Tendons nos rets pour la bataille.

 

Et par nos haches d'abordage
Et par mousquets et par courage
Nous gagnerons, par la grand hune,
Par pilleries belle fortune.

 

(1) François du Quélenec de Bien-Assis, corsaire breton. Source: Bibliothèque numérique de Rennes - Revue de Bretagne et de Vendée - tome 5 - Le commerce et la féodalité en Bretagne, page 444

jeudi 25 avril 2013

On l'appelait la Jeanne

On l’appelait la Jeanne, un peu affectueusement.
Celle qui, pour un profane, n'était qu'un bâtiment,
Un croiseur de bataille comme il y en eu tant d'autres,

Une longue coque acier, une couleur gris argent ...

Mais pour tous les matafs, le rêve était tout autre.
La jeanne entrant en rade evoquait l'Orient,

La mer des sargasses, les atolls et les côtes,
Les rivages lointains, les pays du levant.

Elle fit tant de campagnes et tant de tours du monde,
Portant notre présence au coeur des évènements,
Et sur les mers du monde forma nos aspirants.

On l’appelait la Jeanne, ce bon vieux bâtiment
Qui quitta l’arsenal il y a cinquante ans,
Et porta l’oriflamme sur tous les océans.

N.B. Le porte-hélicoptère "Jeanne d'Arc" a été lancé en 1960 et retiré du service en 2010. Bâtiment-école, il emportait pour un tour du monde les élèves officiers de marine. Il a effectué au cours de sa carrière plus de 3 millions de kilomètres, soit 9 fois la distance de la terre à la lune.

dimanche 27 février 2011

Kornog

Kornog, vent d'ouest,
Souffle de la mer
Qui balaie le pays
Apporte-nous par tes tempêtes
Cet air salé qui vivifie.

Par les chemins de ma Bretagne
Je ne vois que campagne pelée .
Ou sont les champs de nos campagnes ?
Partout se dressent maisons d'été.

Tu survolais tous les labours
Et tu suivais au fil des champs,
Les clotures et les bordures.
Ou sont les haies, les mares d'antan.

Dans les ports aux bassins vides
La flotte de pêche est mal en point .
Et pour sauver tous nos navires
Il ne nous reste que les ronds-points ?

dimanche 7 novembre 2010

La légende du roi Marc'h

Laissez-moi vous conter l’histoire, à peine remaniée,
d’un roi de basse Bretagne, aujourd’hui oublié.
Il vécut en des temps anciens, forts reculés,
Marc’h était son nom, voici sa destinée :

L’homme aimait la chasse et la traque du gibier,
il poursuivit longtemps une biche apeurée.
Lâchant plusieurs flèches, sans jamais la toucher,
il la forçat enfin, aux roches de Tréoultré.

Croyant l’affaire faite et la course achevée,
mit le pied à terre, de son grand destrier.

Sortant son grand couteau, s'en allait l’achever,
Quand s'agita soudain la peau du cervidé.

Et de sous la dépouille de cuir bien tannée
Apparut une femme aux longs cheveux de jais,
aux yeux d'algues et de brume, à l'index dressé.
Elle le pointa, vengeuse, vers un homme effrayé.

Je suis Dahut dit-elle, de l’océan suis née,
J’ai rang de princesse et tu m’a ainsi défié.
La vengeance sera mienne, ainsi l'ai-je décidé :
Des oreilles de ton cheval, tu seras affublé.

A peine la sentence fut-elle prononcée
qu'elle fut aussitôt pleinement exécutée.
Ainsi fut-il fait et pour de longues années,
Rien ne transpira, tout fut bien gardé.

Il fut dit dans les campagnes, mais à voix chuchotée :
femme qui partage sa couche au matin est emmenée.
Nul n’en trouve trace, à jamais disparaît.
Il en est ainsi chaque jour de l’année.

Pourtant, un homme sait. Le roi lui a confié.
Chaque matin il le voit et le rase. Il est son barbier.
Un secret si lourd pousse à s’en libérer.
Au vent et aux roseaux le secret fut crié.

Grande fête au château fut un jour décidée
De Cornouailles ou d’ailleurs les plus grands furent conviés.
Un musicien était là, il était admiré,
Comme un grand pen soner était considéré.

Pour que le son éclate, que la musique fasse danser
Il dit à tous ses sonneurs : "que les anches soient changées"
Et comme il est de bon usage dans l’art de bien sonner,
Dans de jeunes roseaux les sifflets furent taillés

Faut-il conter la suite ?  l’avez, sans doute deviné.
Quand les sonneurs du bagad ont commencé à jouer
Binious et bombardes ont à l’unisson résonnés :
"Le roi Marc’h a les oreilles d’un équidé

samedi 18 octobre 2008

Huelgoat

Pays des bois, pays de l’eau
Baigné de sources et de rivières,
Au gré des humeurs de la terre,
Au gré des humeurs de l’eau.

Poussent le granit et les ajoncs.
Naissent les contes et les légendes
Par ses chemins et par ses landes
Chevauchait le roi Gradlon

Il fuyait le flot, le naufrage,
L’eau aux portes de sa cité.
Il songeait, talonnant Morvac’h
à Dahu disparue, Ys submergée.

Suivez, après la mare aux fées,
Les blocs du chaos des pierres,
Voyez le ménage de la Vierge
Et la mare aux sangliers,

Pays des hêtres et des ajoncs,
Où l’eau courre à travers la lande,
Où naissent les contes et les légendes
Qui sont la mémoire des bretons.

dimanche 17 février 2008

Acrostiche alcoolisé

Te souviens-tu grand-père de ces belles journées.
Recherchant des baies au creux des lais forestiers,
Ou dans les haies et au long des douves et fossés.
Une lame à la main, un geste sûr et décidé,
Sur l’épinette, tu coupais les extrémités,
Sectionnant le bourgeon du buisson des sentiers.
Et pouce en l’air et larmes aux yeux,

Pour avoir voulu t’imiter, je te suivais.
Inspectant ainsi landes et ronciers
Nous bavardions tranquillement, moments privilégiés.
Enfin le soir venu, sur la table, à la veillée
Tu triais et rangeais la récolte de la journée.
Tirant d’un tonnelet un vin un peu corsé
Et par de savants mélanges tu recréais la Vendée.

vendredi 14 décembre 2007

Le père Zim Zim, ou ritournelle pour un vielleux

Joseph-Antoine Palemone, dit "le père zim zim"(1835-1908), était un musicien des rues dans la ville de Nantes. Il était souvent accompagné d’un autre mendiant-musicien, "gobe la lune"

 

Tzim tzim tzim fait la roue qui tourne
Joseph-Antoine commence à jouer
Pour le chaland et pour la foule.
Ses doigts volent sur le clavier

Que les fêtes sont populaires
Quand la musique fait danser
Quand ce fou de Palémone
Sur sa vielle s’est épuisé

Mais qui fut ce petit homme
Au dos bosselé, aux jambes arquées ?
Ouvrons les yeux et sachons voir
Au-delà des difformités.

Peut-on vivre sans l’espoir
D’avoir un jour sa liberté ?
Parfois pour nous semble accessoire
Ce qui pour d’autres veut dire "manger"

Joseph-Antoine Palémone
Un nom maintenant presque oublié.
Un homme, rien qu’un homme,
Qui pour vivre dû mendier.

samedi 21 juillet 2007

Janus

J’ai entendu ce matin,
Sur les ondes, parmi des chants,
Un récit qui m’est témoin
De l’influence d’un enseignement

Un homme disait avec entrain :
"J’aime la vie, j’aime les gens".
Il aidait son prochain
Et donnait de son temps

Il était né d’une terre
De soleil et de traditions.
Il les craignait, les respectait
Elles guidaient sa perception.

Que sont le vice ou la vertu ?
La coutume y donne définition ?
Qui se marie doit être battue
Est une des prescriptions.

Ainsi donc devient devoir
Un comportement décalé.
Ce prétexte au gout barbare
Est abandon d’humanité.

Frapper fort et sans regret
Constituait sa solution
Ne pas paraitre faible
Etait sa préoccupation

Frapper fort pour exister
Aux yeux des compagnons,
Et accepter cette dualité :
Mi-homme mi-démon.

Alors, à qui veut m’écouter
Je dis qu’il faut sans hésiter
Savoir parfois fouler aux pieds
Des siècles de tradition

Je dis et je m’engage :
Accepter est être lâche.
Il faut dire "non" sans relâche,
Etre fort c’est s’opposer.

 

dimanche 15 juillet 2007

Port Lavigne

Village niché au creux d’un grand port,
Endroit perdu, presque oublié,
Au cœur d’une île de l’avant-port,
Au creux d’un bras presque comblé.

C’était le refuge des grands voiliers,
L’espace ultime pour l’évitage,
A l’abri du fleuve sauvage,
De ses courants et ses dangers

Les années passent les années filent,
Et Nantes a perdu ses îles.
Il n’y a plus de grands vaisseaux.
A Port Lavigne poussent les roseaux.

Prendre le temps de vivre,
Prendre le temps qu’il faut,
Savoir penser pour être libre,
Savoir rêver au fil de l’eau.

- page 1 de 2