Le lac du Haut Blavet

Là-bas dans les montagnes noires,
Au fond du lac du Haut Blavet,
Les gueules bleues et gueules noires
Croisaient souvent les mariniers.
Lors un barrage, d'un coup de houssoir,
Toutes ces vies d'ores a balayées.
Aussi vous conterai l'histoire
De cette vallée du Haut Blavet.

Toutes ses écluses montaient la garde,
De bief en bief sur le Blavet.
Un marinier tournait les amarres,
Dans les jardins poussaient les pommiers.
Un éclusier tournant crémaillère,
Actionnait les portes busquées.
Dessus les quais de l'estacade,
Des journaliers à embaucher.

La fonte au bois des forges des Salles
Brûle alors le charbon des fouées(1).
Autour, avec les trinqueballes,
Trimaient des clans de charbonniers.
On dit ici des gueules noires
Que "charbonnier n'a jamais le sou"
Et dans ce pays de montagnes
On dit aussi qu'il mène les loups.

Au coeur du bois de Keriven
Se multiplient les puits ardoisiers.
Les gueules bleues des rives de Caurel
Des puits béants partout ont creusés.
Si les mineurs remontent aux échelles
De lourdes dalles à même le dos,
Dans les tue-vents(2) on baigne celles
Que les fendeurs retravailleront.

Et tous les soirs des gueules bleues
Se retrouvaient au café Thomas
Et tous les soirs des chants joyeux
Saluaient aussi les gueules noires.
Les besogneux et les miséreux
Parfois unissent leurs désespoirs,
Alors on chante au coin du feu
Et coule à flot la bière de blé noir.

 

(1) Meules charbonnières
(2) Abris, souvent en déchets d'ardoises,  protégeant à la fois les fendeurs du vent et les ardoises d'un séchage trop rapide, ce qui rendrait difficile le fendage